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"al" comme aléatoire...


Voltaire le hacker

Toutes les cultures ont leur Voltaire et sa prétendue “Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire.”
On peut considèrer cette phrase comme illustrant la solidarité d’une classe intellectuelle ou la défense de la liberté d’expression à tout crin. De ce point de vue, Voltaire rejoindrait les positions de Noam Chomsky, et serait facilement mis à l’index en France par le Parti de la Presse et de l’Argent ou PPA tel que bien nommé par Pierre Carles et sa clique sardonique de “Pas lire pas lu”.
La petite mafia qui occupe les colonnes d’une majorité de journaux français a en effet un hochet à toute épreuve pour sanctionner ceux qui veulent faire savoir que leur roi est nu : le révisionnisme, voire le négationnisme.
Il est intéressant de remarquer qu’une étape préliminaire sert parfois d’avertissement à ceux qui osent, à savoir la taxation d’antisémitisme. Ainsi en est-il pour tous les disciples médiatiques de Pierre Bourdieu. Certains en revanche vont d’emblée trop loin : Thierry Meyssan en est une des proies récentes. A en croire la revue de presse de son site, c’est une exclusivité franco-américaine.
Ses petites pirouettes sur la pseudo-liberté d’expression rejoignent à mon sens la contradiction de certains libertaires anti-fascistes.
Qu’est-ce que cela révèle ? Qu’est-ce qui se cache derrière cette peur de la parole prétendument scandaleuse ? Longtemps je me suis posé la question.
Un élément de réponse m’a été fourni par la lecture d’un article de Jacques Dimet paru dans le Hors série de la NVO sur la culture. De cet article intitulé “Les nouvelles écritures de l’info”, j’ai retenue cette phrase éclairante : “Personne ne s’en prend à l’imprimé, et à l’imprimerie, [lorsque] c’est par ce vecteur que Hitler a publié Mein Kampf.” A l’heure où tous les législateurs sont en ébullition sur la question de la responsabiliation des propos sur Internet, et de la condamnation de certains, la dérive liberticide en cours est frappante.
Aussi, pour revenir sur la phrase de Voltaire, ce qui me semble sous-tendre l’affirmation se rapprocherait de la thèse de prédilection de Jacques Ellul : la technique est amorale. Aussi Voltaire, dont l’humanisme était loin de se rapprocher de celui de Rousseau, défendait davantage le progrès technique des Lumières que la liberté de blâmer.
On retrouve donc, dans la même catégorie que les pisse-papiers et les alter-fachos, les majors du disque qui ergotent aujourd’hui sur la protection de leurs denrées artistiques face à la menace grandissante du réseau. Les trois espèces ont en commun un manque de compréhension assez grossier de ce qu’est un outil : n’être que ce que l’on en fait. Se servir bien ou mal d’un outil n’a aucun rapport avec le manichéisme de la morale, mais bien plus avec des mots comme “efficacité” ou “rendement”.
Les défenseurs de l’Histoire de l’holocauste utilisent un outil qui se retournera un jour ou l’autre contre eux, car il est basé sur le dévoiement, et qu’en termes historiques cet outil là ne tient pas le passage du temps.
Les Saintes Ni Touchent de la xénophobie larvaire oublient qu’il s’agit là d’utiliser l’outil dans une guerre, et que dans une guerre l’une des premières stratégies est de bien connaître son ennemi.
Les managers de tubes sont simplement enragés de ne pas avoir dans leur personnel des gens maniant parfaitement les nouveaux outils, et capables de trouver des innovations technologiques leur rapportant encore plus d’argent, simplement parce qu’aujourd’hui, ces gens n’ont plus envie de travailler pour eux.
Tous ces individus font partie de la grande tribue des laissés pour compte de la technique, dont la branche la plus extrême, et la plus emblématique, s’illustre par ses “technophobes”. Or, la question n’est pas d’être pour ou contre la technique, mais bien d’être capable ou non de faire avec, car elle est inéluctable.
Pour ce qui est de Voltaire, la question se pose plutôt de savoir s’il n’était pas technophile, autre tendance particulièrement néfaste de notre temps. En tout cas, il était sûrement “à la pointe de la modernité”. Il aurait même pu être un putain de hacker.

Tags: Politique

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