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le futile ou le désagréable


Samedi 24 février 2001, 15H25

Avec un peu de retard, l’exercice commence sous la neige, place Jussieu.
Le Relais s’impose pour pouvoir noter quelque chose qui ne soit pas délavé au bout de deux minutes.
D’ici, on ne voit qu’une partie de la place. La description se limite à l’image qu’en donne la table placée juste devant l’entrée du niveau haut du Relais. Le champ de vision est délimité à droite par la grille centrale et les marches de l’entrée de l’université.

Drôle d’endroit avec ce drôle de temps. Lieu de passage ou de stationnement, pas de flânerie. Celle-ci semble déplacée, suspecte. Point de rendez-vous, de ralliement, plus que de rencontre, les déplacements des citadins n’arrivent pas à faire décrocher d’une vision écrasée, quasi cubique de l’endroit.
Lignes sèches et trop parfaitement régulières des bâtiments de la faculté, des poteaux, des bornes, des grilles, du drapeau, et, ironiquement ronde, la sculpture de la place défiant ces abus de verticalité. Les branches des arbres sont là pour trancher quelque peu cette saturation géométrique.
Le lampadaire de la place, à côté de la fontaine, masque certaines des lettres peintes sur un pan de mur de la faculté. On distingue treize lignes peintes en orange, et seize en noir. C’est peint, mais c’est anarchique, savamment désordonné, dénaturé et rendu illisible par l’ajout de barres sur chaque lettre. Ce serait gravé que ça ne changerait pas grand chose à la qualité de l’écriture, rude et laborieuse.
Les similarités de formes sont confondantes. Le panneau d’interdiction de stationner, le jet d’eau à travers le trou du cercle, la rame de métro dans son tunnel, le feu rouge en croix, le parterre de buissons du monument circulaire, les lettres ovales barrées d’un trait, et cette tige de lampadaire au milieu du mur.

Plus de neige. Le drapeau ne flotte pas, malgré le temps. Seul vit l’eau de la fontaine, tapant sans cesse l’anneau intérieur de ce cercle de béton. Il faudrait aller toucher l’usure dans cent ans.

Le métro passe dans un bruit sourd.

La place est clairement en pente. Discrètement, régulièrement, sauf de ce coté-ci, en direction de la petite rue piétonne, pavée de bas en haut. Même le passage clouté est pavé, se confondant en partie avec le gris des pavés aplatis par le passage. Les nuances de blancs et de gris fourmillent. Aux dégradés de la chaussée répondent ceux des murs de l’université et des autres bâtiments entourant la place, ceux du monument et du ciel. L’autre couleur de la vue est définitivement le rouge. Voitures, enseignes, panneaux, drapeau, store, murs, inscriptions, portes, phares, feux. Un paysage sournoisement bichromatique, à quelques exceptions près (enseigne et bus de la RATP, panneaux de stationnement, arbres et parterre). Même la fresque de la façade de l’université s’en tient à l’ocre et aux nuances de bleu/blanc. Et il est bien possible que la figure abstraite qu’elle représente influence toute la description.

16H25 fin de l’exercice.

Tags: Exercices de style

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