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L’invention du gag visuel

Contrairement à une croyance couramment répandue, l’origine du gag visuel ne remonte pas aussi loin que celle du rire. On peut en effet facilement imaginer que le premier australopithèque à avoir glissé sur une peau de banane n’a pas du avoir un public fort approbateur de ces pitreries (il faut dire qu’à cette époque, on ne plaisantait pas avec la nourriture).
C’est que pour que gag il fut, décalage il faut. Et qui dit décalage dit calage. En gros, pas d’hystérie sans history (bon d’accord, c’est plutôt moyen comme jeu de mot, mais c’est sur les gags cet article quand même, il faut bien faire un effort, non ?). Ce qui explique somme toute une chose : pourquoi ce sont ceux qui ont déjà du poil au menton, et pas nos chères petites têtes blondes, qui sont pliés en quatre devant Droopy (et également pourquoi les Tex Avery ne passent que tard dans la nuit sur France 3, à l’heure où tous les gosses font dodo). C’est en nous confrontant à une situation qui ressemble au réel que le gag visuel peut prendre naissance. Et le gag sera d’autant plus réussi si le dénouement d’un événement banal se révèle tout à fait inattendu (exemple : dissoudre une Assemblée Nationale). C’est là qu’intervient le facteur déterminant de la création du premier gag visuel : l’ennui.
L’ennui est apparu en somme quelques minutes avant le gag. Accablé par l’oisiveté, un homme de l’âge de pierre, dont le désœuvrement n’avait d’égal que le génie comique, commença à dessiner sur une paroi de la grotte familiale des animaux imaginaires, jamais vu jusqu’alors, à faire pâlir d’envie le dernier des surréalistes. Il provoqua ainsi l’étonnement, puis l’exclamation, et enfin l’enthousiasme de toute la maisonnée, qui l’imita à cœur joie (plus tard, certains “scientifiques” identifièrent ces dessins comme représentant des “hyènes”, des “hiboux”, voire des “rhinocéros”, témoignant une fois de plus de leur manque total d’humour anthropologique. Soit dit en passant, c’est pas avec de telles lumières qu’on risque de retrouver quelque part le chaînon manquant…)
Il est étonnant de remarquer d’ailleurs à quel point l’humour est présent à chaque naissance d’un nouveau support visuel. La première photographie de Nicéphore Niepce (dont le nom seul était déjà une plaisanterie) était sensée témoigner de l’ingénuité de son voisin d’ Chalon-sul-Saône qu’avé fé lefèle son toué avé dé tuil en tel qu’été même po cuite et… hum, passons. De même, l’un des premiers films des frères Lumière fut le célèbre arroseur arrosé (bon bien sûr aujourd’hui, çà fait plus rire personne, mais à l’époque, dans le contexte, il leur en fallait pas beaucoup pour être par terre, vous savez !). Dernier exemple en date : l’informatique. Avouez que nos chers développeurs devaient être de sacré boute-en-train pour inventer le bug de l’an 2000…
Le plus important reste que le gag visuel a pris une place tellement importante dans notre vie qu’il devient de plus en plus dur de trouver de bons gags visuels, novateurs, purs, légers, poilants quoi ! Le champ d’étude le plus propice à cette dégradation de “l’humour par l’image” est le spot publicitaire. Qu’il s’agisse d’ordinateur, de voiture, de banque, d’alimentaire, de vestimentaire, la plus grosse ficelle des publicistes reste l’humour. Nous en dégustons donc à tour de bras et à toutes les sauces, sauces qui, bien trop souvent, ressemblent malheureusement plus à la soupe à la grimace qu’à “une sauce qu’on sauce” (au passage si quelqu’un peut m’éclairer sur le sens profond de ce slogan, qu’il n’hésite pas à me faire part de son explication).
Jusqu’à aujourd’hui, seuls certains produits ont résisté à ce raz de marée spirituel : le café, les rasoirs, la lessive, et les anti-fouette pour chiottes en sont les principaux acteurs. Certains ont bien essayé (Legal Legoût avec Johny, Bic avec Cantona, Canard WC avec Canard WC…), mais tous ont plus ou moins échoué, du fait des marchés énormes que représentent chacun de ces spots (en part de marché pour les lessives, un point correspond à huit cent millions de francs). C’est pourquoi, contre la détérioration de nos esclaffades, nous nous devons de soutenir le travail consciencieux de ces professionnels qui n’hésitent pas à nous accabler d’une famille de gorilles en rut pour nous vendre de l’Omo micro, qui ferait bien entendu hurler de rire ces chers australopithèques. Même s’ils ne plaisantaient pas avec la nourriture, en ce temps là on savait rire, maous costo, poil au dos.

Tags: Humeurs, Humour...

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