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le futile ou le désagréable


Je suis historiologue

Je vous écoute ?
Je ne suis pas revenu sur mes positions…
Mais ?
Mais j’ai eu un entretien avec le père supérieur de notre abbaye et il a insisté pour que je sois plus… charitable à votre égard, même si en définitive cela va plutôt à l’encontre de l’opinion que je me fais de vous…
Bon. Dans ce cas, que souhaitez vous savoir ?
Je pense qu’une présentation en bonne et due forme serait la bienvenue. Pour commencer, dites moi donc qui vous êtes, d’où vous venez et où vous comptez vous rendre.
Cela fait beaucoup de choses à avaler en une fois !
C’est vous qui le dites !
Soit. Mais je vous aurais prévenu !
J’attends !
Je suis le professeur Ymer Strauss.
Que vous vaut le titre de professeur ?
Je suis un scientifique. J’ai obtenu plusieurs diplômes qui font de moi un spécialiste en mon domaine. J’enseigne dans différents établissements réputés pour leur prestige, et reconnu par un grand nombre de mes confrères comme gage de sérieux et de professionalisme.
Quel science étudiez vous ?
Celle qui s’occupe des liens de cause à effet qui existent entre les hommes et la société.
Vous êtes sociologue ?
Non, pas vraiment. En fait, je ne m’attache qu’aux personnes qui ont joué et qui joue un rôle publique dans la société, aux célébrités, pour ainsi dire.
Qu’étudiez vous, chez ces gens ?
Je vous l’ai dit : l’incidence de leurs actes sur la société.
Et à quoi cela vous sert-il ?
A mieux comprendre l’Histoire.
L’Histoire ?
L’Histoire ! Avec un grand H ! Je suis… historiologue, en quelque sorte !
Vous êtes… marxiste ?
Je vous demande pardon ?
Eh bien, vous êtes « historiologue », ce qui signifie que vous considérez l’Histoire comme une science, c’est bien çà ?
Oui…
Donc vous êtes marxiste, vous vous inspirez d’une théorie de Karl Marx !
Hum. Je comprends. C’est assez perspicace de votre part, mais il est certain que vous ne pouviez pas savoir pour Marx.
C’est à dire ?
En fait, vous inversez les rôles, ce qui est normal de votre point de vue. Karl Marx s’est inspiré de l’historiologie, même s’il ne l’a pas vraiment interprété à bon escient…
Vous voulez dire que Marx était… un de vos confrères ?
Pas exactement. Disons plutôt que c’est un élève qui a mal tourné.
Vous plaisantez ?
Pas du tout.
Très bien, dans ce cas combien d’hommes et de femmes célèbres de notre Histoire comptez vous parmi vos… élèves ?
La quasi totalité.
Mais bien sûr !
A quelques exceptions près ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dis !
Oui ! Evidemment ! A quelques exceptions près ! Vous trouvez ça drôle ?
Moi ? Non, pas vraiment. Mais je sais que pour vous c’est difficile à admettre.
Vous ne comptez tout de même pas me faire croire ça, j’espère ?
Pourquoi pas ?
Parce que si c’est le cas vous perdez votre temps, mon cher ami !
Oh ! A votre place, je n’en serais pas si sûr…
Mais vous n’êtes pas à ma place, et je peux vous certifier que jamais personne ne me fera croire à ces… théories du complot et autres sornettes du même genre !
Que voulez-vous que ça me fasse ? Je ne vous parle pas d’une théorie, je vous parle de la réalité !
Vous savez que vous êtes bon à interner ?
Vous prenez la chose bien à cœur, tout à coup !
Vous me faites de la peine, c’est tout.
Je ne suis pas le plus à plaindre !
C’est sûr qu’un fou dérange en général beaucoup plus les autres que lui-même…
Vous me pensez réellement fou ?
Je ne le pense pas : vous l’êtes ! Est-ce que vous vous rendez vraiment compte de la folie de ce que vous affirmer ? Je n’ai jamais entendu raisonnement plus… grotesque !
Grotesque ? Pourquoi donc !
Enfin, tout simplement parce que… c’est impensable ! C’est obligatoirement faux ! Allons, cessez de vous jouer de moi, avouez que votre mensonge est plutôt de mauvais goût !
Vous prétendez que je mens ?
Evidemment…
Je vous pose la question : quel intérêt aurais-je à vous mentir ?
Quel intérêt ?
Oui, quel intérêt ?
Si vous considérez que notre discussion a un quelconque intérêt, je préfère m’en tenir là !
Vous semblez gêné que je nourrisse de tels espoirs ! Pourquoi ?
Parce que, si vous pensez tirer quelque chose de notre entrevue, je crains savoir de quel genre d’activités vous vous êtes fait le représentant, et je peux vous certifier qu’avec moi, vous perdez votre temps.
Le représentant d’une activité ?
Effectivement. Savez-vous ce que signifie le mot « secte », professeur ?
Oh non, pas ça !
« Secte : groupement religieux clos sur lui-même et créé en opposition à des idées et à des pratiques religieuses dominantes. » Ça vous rappelle peut-être quelque chose, non ?
S’il vous plaît, épargnez-moi cette tirade ! C’est d’un pathétique !
Ne jouez pas à ce petit jeu là avec moi, professeur ! Vous savez qui je suis, et vous savez en quoi je crois. Je connais toutes les formes de cultes possibles et imaginables. Je reconnais que je n’avais jamais entendu parler de votre historiologie jusqu’à présent, mais maintenant je sais à quoi m’en tenir.
Vous ne savez rien !
Je ne veux pas savoir !
Il suffit de vous regarder dans les yeux pour voir que vous en mourez d’envie !
Vous êtes malade !
Qu’est-ce qui vous fait dire que mon discours est digne d’un gourou en manque de ressources humaines ?
Vous voulez connaître les faits qui vous trahissent ? C’est fair-play de votre part !
Eh bien ! Quels sont-ils ces faits ? Su tenté qu’ils tiennent un minimum debout !
Tout d’abord, le fait que vous me parliez comme si vous me connaissiez depuis des années, comme si vous saviez tout de moi, comme si vous aviez repéré votre cible, planifié et prémédité votre attaque !
Je ne peux pas le nier…
Ensuite, le fait que vous me décriviez une théorie qui, à l’heure actuelle, peut être qualifiée de paranormale ou de psychotique et qui n’a rien à voir avec une quelconque science exacte ou philosophie connue !
A la rigueur…
Enfin, le fait que votre théorie du complot amène à croire que les personnes ayant joué un rôle publique de premier plan depuis…je ne sais pas, moi… l’Antiquité ! et peut-être même avant ! font toutes partie de la plus grande organisation secrète jamais créée.
Nous nous sommes occupé du cas de Kheops, en effet, il y a quelques temps…
Taisez vous ! Taisez vous ! J’essaye de vous montrer que tout votre raisonnement pue la secte à plein nez, et vous, vous ne trouvez rien de mieux à faire que commenter joyeusement mon argumentation. Vous ne manquez pas de culot, vous savez ?
D’après vous, comment devrais-je réagir face à quelqu’un qui met en doute tout ce que je lui dit ?
Je ne met pas en doute ce que vous dites : je n’en crois pas un traître mot !
Peu importe que vous n’y croyez pas maintenant ! Nous avons encore deux ans devant nous !
Comment ça, deux ans ?
Dans deux ans, vous fêterez votre 24ème anniversaire, n’est-ce pas ?
Où voulez-vous en venir ?
Vous connaissez la vie de Jésus certainement mieux que moi, et…
…et je dois savoir que Jésus adulte a fait ses premières apparitions publiques vers 24 ans… D’accord ! Si vous voulez ! Mais ça ne change rien au problème ! Je ne crois toujours rien de vos histoires !
Pourtant vous êtes capable d’en apprécier la logique, et d’en déduire des informations que je ne vous ai pas fourni !
Et alors ? Vous me prenez pour un ignare ? Vous croyez que je n’ai jamais lu de science-fiction de ma vie ?
Oh, mais pas du tout ! Je sais très bien ce que vous avez lu ! Je constatais simplement que vous n’êtes pas totalement hermétique à mon raisonnement, c’est tout.
Vous essayez d’insinuer quelque chose que…
Quelque chose que vous savez déjà ! Je crois que nous allons nous en tenir là pour aujourd’hui mon jeune ami. Ce qu’il vous faut, maintenant, c’est un peu de recul sur tout ça, pour savoir où vous en êtes…
Je n’en ai pas encore fini avec vous, professeur. Vous ne m’avez toujours pas dit d’où vous veniez ni où vous alliez.
Le futur nous le dira ! Sur ce, jeune homme, je vous laisse. J’ai malheureusement d’autres affaires en cours qui ne peuvent pas attendre. Mais je vous reverrais avec plaisir d’ici quelques jours.
Lundi 14H00.
Quelle autorité ! Eh bien, c’est noté ! A bientôt, mon cher.
A bientôt, professeur…

Je ne vois pas en quoi cela pourrait vous effrayer. Après tout, s’il dit avoir deux ans pour vous convaincre, il vous reste deux ans pour le démasquer, non ?
Je ne pense pas que ce soit si simple, mon père. J’ai déjà eu affaire à des représentants de sectes. Ils n’ont pas cette assurance, cette ouverture au dialogue, cette… façon de faire.
Il ne vous a pas demandé si vous êtes mal dans votre peau ou si vous êtes insatisfait de votre situation. Il ne vous a rien demandé concernant votre personnalité intime. Il tente de vous convaincre, et non pas de vous persuader en jouant avec vos sentiments.
Exactement ! Mais j’ai l’impression qu’il n’en a pas besoin, qu’il me connaît parfaitement, comme si nous nous fréquentions depuis des années. Il le sait immédiatement dès que je tente de lui mentir ! Il prévoit la moindre de mes réactions, et il ne semble jamais s’en émouvoir outre mesure !
Il est fort possible qu’il se soit en effet très bien renseigné sur vos agissements. De nos jours, n’importe qui peut savoir à peu près ce qu’il veut sur qui il veut, à partir du moment où il a l’argent pour…
Mais pourquoi ? Pourquoi ?
Il me semble qu’il vous en avait donné la raison lors de votre première entrevue, non ?
Parce que vous le croyez, vous ?
Après tout, si c’est un malade, peut-être n’a t’il pas d’autres raisons de vous parler que celle qu’il vous a indiqué la première fois !
Je ne peux pas croire qu’il soit fou. Il a l’air aussi sensé que vous et moi.
Eh bien ! Cela ne vous incite pas à en savoir plus sur le personnage ? A votre place, je n’hésiterais pas !
Evidemment il m’intrigue, mais vous comprenez bien que compte tenu de mes études sur les sectes, je déforme obligatoirement la situation et…
Essayez donc de dépassionner le débat, laissez le s’aventurer en terrain découvert, donnez lui un semblant de confiance…
Vous devez avoir raison. Après tout, qu’est-ce que je risque ? Au pire, de changer de paroisse !
Rires

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