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Au royaume des aveugles, tous les chats sont gris


Fidèles parmi les Fidels ?

Fidèle à lui-même, l’auteur de cet article commence par un jeu de mot bien lourd comme il les aime. Mais les autres aiment-ils ce genre d’humour, sont-ils attachés à un type d’humour compatible avec celui-ci ? Voici le problème déjà illustré : où s’arrête la fidélité à soi, ou commence la fidélité aux autres. Pas la peine de se voiler la face, la fidélité est une couverture que beaucoup tentent de tirer toute à eux et dont ils ne se privent pas d’abuser. En tant que jeune écervelé, il est bien sûr de mon devoir de décrier le côté horriblement néfaste (pour ne pas dire chiant) de la fidélité.
En gros, officiellement, la fidélité se rapproche d’une vertu tout ce qu’il y a de plus honorable, sensée, et tout et tout, en terme de relations sociales (vis-à-vis de sa famille, de ses amis, de ses partenaires…) ou de code moral individuel.
J’aimerais appuyer sur un point qui me semble quand même fondamental. Dans pas mal de cas, la fidélité est une vertu passive, c’est à dire conservatrice, c’est à dire xénophobe, et de surcroit égoïste. Le cas que je préfère est celui qui provoque les impératifs kantiens : Un juif se réfugie chez vous en pleine guerre 39-45 et un nazi vient frapper à la porte. Il vous demande si vous hébergez un juif en fuite. Pour Kant, mentir étant impossible suivant sa philosophie, la délation est la seule solution. C’est beau la fidélité. Pour qu’un philosophe comme Kant arrive à faire de telle bourdes en son nom, je n’ose pas imaginer la réaction d’un lepéniste de base (on entend plus parler de lui et il vit encore en liberté Le Pen, non ? Ah ! Mais la Justice française est fidèle à elle-même, c’est vrai !). Sur un plan psychologique, la fidélité est une arme efficace contre la diversité et la remise en question. Elle n’empêche pas la tolérance, mais elle interdit les engagements en contradiction avec les règles que les premiers ont fixées.
C’est être bien peu humaniste que de songer un seul instant l’homme sans contradiction, sans paradoxe, sans faiblesse. La fidélité est peut-être un idéal imposé par certains moralistes pour que les gens ne fassent pas de trucs trop zarbis et ne changent pas d’opinions toutes les cinq minutes (dommage que la seule phrase à l’encontre de la fidélité soit « il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis » parce qu’elle ne veut pas dire grand chose en fait). Pourtant, ce serait un peu plus marrant la vie, si tout le monde pouvait penser ce qu’il veut quand il veut, non ? Un peu plus marrant, un peu plus tranquille, un peu plus fatiguant peut-être. Notre esprit est habitué à fixer des moules et des types prédéfinis sur les nouveautés qu’il rencontre. C’est pratique dans les cas où cette nouveauté n’est pas une personne, çà permet de s’adapter rapidement à des situations qui se rapprochent de cas que nous connaissons déjà. Mais ne serait-il pas préférable de ne pas accabler ceux que nous rencontrons tous les jours des préjugés qu’on nous a inculqués depuis tout petit ?
Je ne vois qu’une explication à cette fermeture mentale. La nature est stable et fidèle à elle-même, elle est régie par des lois, physiques, biologiques, environnementales, etc… OK. Nous faisons partie de la nature, OK. Mais nous sommes HUMAINS. OK ? La fidélité humaine n’est-elle qu’une imitation de la fidélité de la nature ? On est bien peu de chose quand même.

Tags: Humeurs, Humour...

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