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"Leverbal.org rime avec cyborg..." (anonyme)


CRIER. ÉCRIRE.

C’est donc ça la vie. Crier. Écrire. Écrire ou crier, pas d’autre alternative.

Et autour l’espace, vide à en crever. Un univers de vide. C’est ça. Pas grand chose, nulle part, au beau milieu de rien. Même pas au milieu, d’ailleurs ! On se voyait au centre, on se retrouve en banlieue. Problème d’échelle. On a pris la pire, noyée entre les infinis, coincée entre quatre dimensions.
Faire avec. Y croire sans trop y croire, jusqu’à la fin ou presque. Mieux qu’ailleurs, mieux que rien, mais pas beaucoup. Un monde bradé, l’imagination en solde, la création au rabais. Tellement pauvre que quelques dieux auraient fait l’affaire. Au résultat on aurait honte pour eux.

Trois règnes, deux sexes et une dizaine d’arts.

Service minimum.

Et pas question de réclamer autre chose. Comme si ce n’était pas assez compliqué comme ça… Alors on écrit. De dépit. Écrire ou crier, pas d’autre alternative. Pour se lamenter un bon coup, on s’invente une vague perfection. Et on s’acharne ! Et on se prend au sérieux ! Et on revendique ! Et on s’entretue, toujours aussi dépités.

Et on se sclérose, à force de s’entêter. On se balade le cerveau plein d’images idiotes, un quai d’icônes salaces. On est là. On attend que ça passe. On prend le train en route. On en sort pas plus avancé. Mais on y va, même sans savoir où c’est. Du moment que ça bouge un peu ! Remuer tout ce vide en s’émerveillant. Rire de l’absurde, pour ne pas en pleurer. Se bourrer les synapses, par tous les moyens. L’écran à ras les paupières. Du sperme plein les oreilles. Baigner dans le foutre plutôt que plonger dans la merde.

C’est bien ça la vie. Une mascarade vinaigrée. Une farce limite rance. Du spectaculaire face à l’absence de spectaculaire. Un acrobate sans trampoline.

Savoir se contenter de ce qu’on a. Être sage. Elle a bon dos, la philosophie ! Parce que ça aurait pu être pire. La belle affaire ! Bien sûr. On aurait pu y passer depuis déjà belle lurette. Mais non. Ça résiste. Ça s’accroche. Comme si ça en valait bougrement la peine. Eh oui ! Parce qu’on peine, quand même ! C’est pas de gaieté de cœur, qu’on reste ! Ce serait plutôt faute de mieux. Faute de savoir ce qu’on nous propose après. Pas faute d’y avoir réfléchi, non ! Ça, ça nous occupe depuis un sacré bout de temps…
Et puis encore, si c’était difficile de mourir. Même pas. Y en a tout le temps. Et ça prévient jamais, ces choses-là. Ça vous tombe dessus, c’est d’une impolitesse ! La grande faucheuse frappe quand on l’a pas sonnée. C’est ça la vie. On s’y prépare pendant des mois, et on la quitte comme un malpropre. Les autres se retrouvent seuls, même en groupe. Ils font le deuil. Le deuil de leur investissement perdu. Parce qu’on nous fera pas croire que c’est pour autre chose. Les drames des autres, ont est prêt à compatir, pas à pâtir à leur place ! Ce genre de truc, c’est pas à nous que ça arriverait… Tous bouchers. Tous bouchés.
Les langues. Rien de mieux pour s’entendre. En faire une en plus pour tous ? Folie ! On serait obligés de s’écouter. Mais c’est qu’on est pas les seuls, à être bouchés ! Prenez deux espèces dans le même règne, au hasard. Dans le même règne, et pas capables d’échanger le moindre mot. Une monarchie de sourds. Et on garde ceux qui gueulent le plus fort. Écrire ou crier, pas d’autre alternative.
Et comme ici y a pas d’alternative, on la cherche ailleurs. De l’autre côté du vide. Pour quoi faire ? Engager deux monologues. Se déclarer la guerre. Détruire l’autre. Parce qu’on sait pas faire autre chose. Parce qu’on s’emmerde. Parce qu’on veut avoir mal et crier un bon coup. Écrire ou crier, pas d’autre alternative. Pour se sentir vivant. Pour mélanger son sang avec la terre. Pour se sentir partir, et se rendre compte que l’on regrette. Vampires hémophiles et heureux de l’être.

Mais non ! Après tout, on s’est assagis. Vouloir la paix. Tout est là. Espérer avoir la paix agglutinés ? À quand remonte l’asphyxie ? Depuis quand ça sort du ventre à en perdre haleine ? Depuis quand un enfant c’est un problème ? Être heureux ensemble ou faire semblant d’être heureux ? Mais non, on sait faire ! Ça fait pas 100 ans que ça existe, mais on sait ! La masse, ça sert à quoi ? À être serrés ! La masse, ça sert à qui ? À des êtres serrés ! Serrés dans leur tête, serrés dans leur cœur. Répétant des inepties apprises par cœur. Attendre qu’ils se retournent ? Attendre qu’il soit trop tard ? Dans la monarchie des sourds, il faut écrire ou crier, pas d’autre alternative.

Mais. Ne pas confondre crier et s’écrier. On s’écrie pour s’écrire. Rentrer dans l’Histoire de l’Humanité, c’est jouer des haches. On ne change pas le monde d’une destinée. Mais on peut changer la destinée du monde. À plusieurs on crie plus fort. Seulement, avant de crier, il faut s’arrêter de courir. Reprendre son souffle. Relever la tête. Ouvrir ses narines, ses poumons, ses lèvres. Regarder autour de soi si les autres sont prêts. Participer à l’élan. Vider ce que l’on a sur le cœur. Le crier. Tous. Le crier. Longtemps. Le crier. Partout. Le crier. Encore. LE CRIER. Puis, l’écrire. Pour que ça ne s’oublie pas. Pour que ça serve après. En espérant que ce soit très vite, et puis, ensuite, très tard. Crier. Écrire. Pas d’autre alternative.

Les publivores martèlent
La production mentale.
Cette pollution mortelle
Peut-elle être rentable ?

Imaginer. De la soude au robinet. Une lune éclipsant une autre lune. Mon nom prononcé par un non humain. L’odeur d’une autre galaxie. Se diviser en deux, cellule après cellule.

Apprendre. Lire l’autre. Léviter. Vibrer et guérir. Évoluer librement. Brûler instantanément.

Tags: Humeurs, Humour...

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